Sommaire
Identifier avec précision les secteurs d’activité en tension constitue une priorité stratégique pour tout décideur RH confronté à des postes durablement vacants.
Les secteurs d’activité en tension en France
Un secteur en tension se caractérise par un déséquilibre persistant entre les besoins des employeurs et le nombre de candidats disponibles ou suffisamment qualifiés pour occuper les postes proposés. Pour passer d’une analyse globale des secteurs d’activité en tension à des réponses opérationnelles, il faut examiner les chiffres du recrutement en 2026. Repérer les secteurs qui recrutent le plus. Comprendre pourquoi certains postes restent vacants malgré une demande soutenue.

Les chiffres du recrutement en 2026
L’enquête BMO 2026 recense 2,28 millions d’intentions d’embauche en France, dont 43,8 % sont jugées difficiles à pourvoir par les employeurs. Seuls 23 % des établissements prévoient de recruter, ce qui traduit un ralentissement progressif du marché, sans faire disparaître les tensions qui affectent les métiers qualifiés et les fonctions de terrain.
L’analyse des secteurs d’activité économique et de l’emploi montre que 85 % des employeurs déplorent un nombre insuffisant de profils qualifiés adaptés aux postes à pourvoir. En outre, 41 % des projets d’embauche concernent des contrats à durée indéterminée : les besoins ne relèvent donc pas seulement d’une flexibilité conjoncturelle, mais s’inscrivent durablement dans les organisations.
| Secteur | Projets de recrutement 2026 | Part de postes difficiles à pourvoir |
| Santé et aide à la personne | 318 448 | 54 % à 78,8 % |
| Industrie manufacturière | 211 000 | 48 % à 80,6 % |
| BTP et construction | 143 000 | 65 % à 79,7 % |
| Agriculture | 165 000+ | 39 % à 83 % |
| Numérique | 84 227 | 49,5 % |
Les secteurs qui recrutent le plus
En volume comme en urgence, les trois secteurs qui ont le plus besoin d’embaucher sont la santé, avec 318 448 projets de recrutement, l’industrie manufacturière, avec environ 211 000 projets, et l’agriculture, avec plus de 165 000 projets, selon les données BMO 2026. Pour compléter cette vue d’ensemble quantitative, il convient d’examiner plus précisément les profils recherchés dans chaque secteur l’analyse des secteurs en tension.
- Santé et aide à domicile : les aides à domicile et les médecins concentrent l’essentiel des 318 448 projets de recrutement. La part des postes difficiles à pourvoir atteint 54 % à 78,8 %, sous l’effet du vieillissement démographique accéléré.
- Industrie et métallurgie : les soudeurs, opérateurs CNC, chaudronniers et techniciens de maintenance figurent parmi les profils qualifiés les plus recherchés. Pour certains postes très spécialisés, les difficultés atteignent 80,6 %.
- BTP et travaux publics : les maçons qualifiés, plombiers-chauffagistes, électriciens, couvreurs et menuisiers représentent une part importante des 143 000 projets d’embauche. Le taux de difficulté varie de 65 % à 79,7 % selon les métiers.
Le numérique constitue un autre pôle de tension majeur, avec 84 227 projets et 49,5 % de recrutements difficiles. Les besoins concernent particulièrement les développeurs, les data scientists et les spécialistes de la cybersécurité ; la croissance de ces activités dépasse la capacité de production des systèmes de formation initiale et continue existants. Pour approfondir les enjeux propres à la construction, les métiers en tension du BTP font l’objet d’une analyse dédiée.
Pourquoi les postes restent vacants
Plusieurs facteurs structurels se renforcent. Ainsi, 85 % des employeurs signalent une insuffisance de candidats qualifiés, 76 % constatent une inadéquation entre les compétences disponibles et les exigences réelles des postes, et 36 % citent des conditions de travail dissuasives, pénibilité physique, horaires décalés ou exposition aux intempéries.
La transformation numérique accentue le déséquilibre en créant une demande immédiate de profils qualifiés en automatisation et en robotique industrielle, alors que la formation initiale ne les produit pas assez rapidement. Le vieillissement démographique réduit parallèlement le vivier d’actifs disponibles, notamment dans la santé et les services de proximité. Enfin, 66 % des salariés de terrain envisagent de quitter leur emploi, principalement en raison d’une rémunération insuffisante (55 %), de la pénibilité physique (39 %) et d’horaires inadaptés (22 %).
La liste des métiers en tension par région
La liste officielle des métiers en tension n’est pas uniforme sur l’ensemble du territoire national : elle est établie région par région. Les difficultés de recrutement varient donc selon les dynamiques économiques locales, la densité industrielle et les flux migratoires internes. L’ arrêté du 21 mai 2025 fixant la liste des métiers et zones géographiques concernés constitue le cadre réglementaire de référence. Il est actualisé chaque année après consultation des partenaires sociaux aux niveaux régional et national.

Les métiers prioritaires par secteur
Le recours aux métiers exercés en intérim dans les secteurs en tension représente désormais une réponse opérationnelle pour les entreprises qui ne trouvent pas de candidats qualifiés sur le marché local, notamment dans le btp, l’industrie, la logistique et l’agriculture. Dans ces activités, les délais de formation restent longs alors que les besoins sont immédiats. La liste complète établie par l’arrêté de mai 2025 recense 80 métiers reconnus en tension à l’échelle nationale, selon les régions concernées.
- BTP et travaux : les maçons qualifiés (20 010 projets), les plombiers-chauffagistes (17 620), les électriciens du bâtiment (16 730), les couvreurs (13 430) et les menuisiers (12 570) figurent parmi les profils les plus recherchés. Le taux moyen de difficultés de recrutement atteint 72,7 % sur l’ensemble des 213 850 projets recensés pour 2025-2026.
- Industrie et métallurgie : les soudeurs, opérateurs sur machines à commande numérique, chaudronniers et techniciens de maintenance industrielle concentrent l’essentiel des besoins non satisfaits. Dans ce secteur, la pénurie de profils très qualifiés peut porter les difficultés de recrutement à 80,6 %.
- Transport, logistique et restauration : les conducteurs de poids lourds, conducteurs de bus, préparateurs de commandes, cuisiniers, aides de cuisine et employés d’hôtellerie figurent dans toutes les régions de la liste 2025. Leur présence confirme une tension durable à l’échelle nationale.
La liste des métiers en tension publiée au Journal officiel distingue toutefois les situations selon les professions. Les maçons sont en tension dans toutes les régions, à l’exception de l’Île-de-France, tandis que les soudeurs qualifiés ne sont absents de la liste que dans quatre régions. Cette répartition témoigne d’une pénurie presque généralisée pour ce profil industriel stratégique.
La santé figure également parmi les secteurs les plus déficitaires. Les aides à domicile, aides ménagères et médecins ont été intégrés à la liste 2025 dans l’ensemble des régions ; la demande de soins et d’accompagnement, portée par le vieillissement démographique, dépasse ainsi la capacité de renouvellement des professionnels qualifiés disponibles sur le marché de l’emploi en France.
Les différences entre régions
Les trois régions qui comptabilisent le plus grand nombre de professions reconnues en tension sont l’Île-de-France (41 métiers), Provence-Alpes-Côte d’Azur (39 métiers) et Auvergne-Rhône-Alpes (37 métiers). Ces territoires concentrent de nombreuses activités industrielles, tertiaires et de services, ce qui exerce une pression soutenue sur leur marché du travail.
Les ajouts spécifiques illustrent ces disparités. En Île-de-France, les carrossiers et couvreurs qualifiés ont rejoint la liste en 2025. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les bouchers, couvreurs, électriciens et interprètes ont été nouvellement intégrés. Ces évolutions reflètent les secteurs d’emploi dominants de chaque territoire, du tourisme méditerranéen à la construction parisienne.
Les emplois temporaires et saisonniers
Les métiers à caractère saisonnier, notamment dans l’agriculture, la viticulture, l’arboriculture et l’hôtellerie-restauration côtière, constituent un segment particulièrement exposé. Les besoins se concentrent sur des périodes courtes et prévisibles, ce qui rend le recrutement local structurellement insuffisant lors des pics d’activité, en particulier dans les bassins viticoles et maraîchers.
Les agriculteurs salariés, maraîchers, horticulteurs, viticulteurs et arboriculteurs ont été officiellement intégrés à la liste des métiers en tension depuis février 2024. Cette décision reconnaît que la dépendance aux campagnes saisonnières constitue une vulnérabilité structurelle, et non un simple aléa conjoncturel. Ces professions qualifiées peinent à attirer des actifs locaux en raison de la pénibilité, des horaires contraints et d’une implantation souvent éloignée des principaux bassins de population.
Dans ce contexte, l’intérim international constitue une solution complémentaire éprouvée. La Roumanie, la Pologne, la Bulgarie et la Hongrie disposent de marchés de sourcing structurés, capables de mobiliser rapidement des travailleurs qualifiés et expérimentés dans les secteurs agricoles, logistiques et du bâtiment. Déclarés conformément au droit français, ces salariés bénéficient des mêmes conditions de travail que leurs homologues nationaux et permettent aux employeurs de répondre aux besoins urgents sans compromis sur la conformité réglementaire.
Répondre aux difficultés de recrutement
Face à des tensions durables sur le marché du travail, les entreprises doivent dépasser les ajustements ponctuels de leur processus de recrutement. Elles ont intérêt à combiner plusieurs leviers : amélioration des conditions d’emploi, formation interne, alternance et, lorsque cela est pertinent, mobilisation de ressources qualifiées à l’international.

Les causes du manque de main-d’œuvre
La liste des métiers difficiles à pourvoir comprend notamment les aides à domicile, les agents d’entretien, les ouvriers du bâtiment et des travaux publics ainsi que les conducteurs de nuit. Ces fonctions présentent plusieurs caractéristiques communes : pénibilité physique, horaires décalés, rémunération jugée insuffisante et image sectorielle dégradée auprès de jeunes générations attentives au sens du travail et à l’équilibre de vie.
- Déficit quantitatif de candidats : 85 % des employeurs signalent un nombre insuffisant de candidats disponibles, quelle que soit la région ou le secteur concerné.
- Inadéquation des compétences : 76 % des recruteurs constatent un écart significatif entre les compétences des candidats et les exigences des postes à pourvoir. Les dispositifs de formation initiale peinent à résorber ce décalage dans les délais imposés par l’activité économique.
- Image et conditions de travail : 24 % des employeurs citent l’image dégradée de leur secteur comme un frein direct aux candidatures, tandis que 36 % mentionnent les conditions d’exercice, pénibilité, dangerosité et exposition aux intempéries, comme des facteurs dissuasifs.
- Vieillissement démographique : la diminution du vivier d’actifs qualifiés, particulièrement marquée dans la santé, le bâtiment et l’industrie, accentue une tension déjà alimentée par la hausse de la demande et par un rythme de formation insuffisant pour remplacer les générations partantes.
Le décalage géographique entre l’offre et la demande d’emploi constitue une autre cause souvent sous-estimée. Des candidats qualifiés ne peuvent pas toujours se déplacer pour des raisons familiales ou financières, tandis que les offres se concentrent dans des zones industrielles ou rurales mal desservies.
Les métiers en tension à l’horizon 2030
Le rapport « Les Métiers en 2030 » de la Dares et de France Stratégie prévoit un volume important de postes potentiellement non pourvus à l’horizon 2030. Les secteurs d’activité confrontés à cette tension ne relèvent donc plus seulement d’un enjeu conjoncturel : ils font face à une difficulté structurelle. Selon France Stratégie, près de 2 métiers sur 5 pourraient connaître des difficultés de recrutement d’ici à cette échéance.
- Agents d’entretien : avec 328 000 postes potentiellement vacants en tension en 2030, ce métier représente le déficit le plus important en volume absolu. La pénibilité perçue, les salaires contraints et la rotation élevée des effectifs y contribuent directement.
- Aides à domicile : 224 000 postes pourraient rester non pourvus, sous l’effet de besoins croissants liés au vieillissement démographique. La demande progresse plus rapidement que la capacité du marché du travail à former et à fidéliser des profils qualifiés.
- Conducteurs de véhicules : 200 000 postes de conducteur sont projetés comme difficiles à pourvoir dans le transport routier et le transport en commun. Le vieillissement des effectifs actuels renforce une tension déjà documentée par les enquêtes BMO successives.
- Ouvriers qualifiés de manutention et cadres commerciaux : 157 000 postes d’ouvriers de manutention et 144 000 postes de cadres commerciaux et technico-commerciaux pourraient rester vacants. La progression des exigences numériques et logistiques rend ces profils qualifiés plus difficiles à identifier et à fidéliser.
France Stratégie qualifie ces projections d’hypothétiques, car elles dépendent de variables multiples : politiques de formation, flux migratoires, automatisation et reconversions professionnelles. Leur évolution combinée reste incertaine.
Former et organiser le travail autrement
L’alternance, les formations courtes qualifiantes, les titres professionnels, les CAP, les certificats de qualification professionnelle, la formation continue et la validation des acquis de l’expérience élargissent le vivier de candidats qualifiés pour les métiers déficitaires. Pour les entreprises volontaristes, un investissement compris entre 1 et 2 % de la masse salariale constitue un levier durable afin de réduire l’écart entre les compétences disponibles et les exigences des postes à pourvoir dans le bâtiment, l’industrie et les services à la personne.
Pour les métiers inscrits sur la liste des métiers en tension définie par l’arrêté du 21 mai 2025, les employeurs peuvent recruter des ressortissants hors Union européenne sans test préalable du marché de l’emploi. Cette procédure simplifiée d’autorisation de travail réduit les délais administratifs. L’intérim international, notamment par l’intermédiaire d’agences spécialisées mobilisant des travailleurs roumains, bulgares ou polonais qualifiés dans le BTP, l’industrie, la logistique et l’agriculture, apporte une réponse complémentaire immédiatement opérationnelle, sous réserve du respect strict du droit français et européen.
Foire aux questions
Quels sont les trois types de secteurs d’activité et lesquels sont en tension ?
Les trois grands secteurs d’activité sont le primaire (agriculture, pêche et sylviculture), le secondaire (industrie, bâtiment, travaux publics et fabrication) et le tertiaire, qui regroupe notamment les services, la santé, le commerce, le numérique et le transport. En France, en 2026, chacun connaît des tensions : l’agriculture compte plus de 165 000 projets de recrutement difficiles, tandis que l’industrie et le bâtiment affichent des taux de difficultés supérieurs à 72 %. Dans le tertiaire, la santé arrive en tête avec 318 448 projets, dont plus des trois quarts sont jugés difficiles à pourvoir.
Quels sont les 10 métiers les plus en tension en France en 2025-2026 ?
Selon les données BMO 2026 et la liste officielle publiée par arrêté le 22 mai 2025, les métiers les plus en tension comprennent notamment les aides à domicile, les maçons qualifiés, les plombiers-chauffagistes, les électriciens du bâtiment, les couvreurs, les soudeurs, les conducteurs de poids lourds, les cuisiniers, les techniciens de maintenance industrielle et les développeurs informatiques. Ces profils qualifiés répondent à une demande soutenue des employeurs, alors que le nombre de candidats formés demeure insuffisant et que les conditions d’exercice peuvent freiner les reconversions.
Qu’est-ce que l’arrêté du 21 mai 2025 fixant la liste des métiers en tension ?
L’arrêté du 21 mai 2025 fixant la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement avérées constitue le texte réglementaire de référence en France pour identifier, région par région, les professions déficitaires. Publié au Journal officiel le 22 mai 2025 et élaboré conjointement par le ministère du Travail et le ministère de l’Intérieur, après consultation des partenaires sociaux, il recense 80 métiers reconnus en tension. Il permet aux employeurs de recruter des ressortissants hors UE sans test préalable du marché de l’emploi et ouvre, pour les travailleurs concernés, la possibilité d’une admission exceptionnelle au séjour.
Comment le recrutement international peut-il répondre à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée ?
Pour les métiers inscrits sur la liste officielle des métiers en tension, un employeur peut recruter un travailleur hors Union européenne sans déposer au préalable d’offre d’emploi. La procédure d’embauche s’en trouve simplifiée et accélérée. Des agences d’intérim international spécialisées peuvent également mobiliser des travailleurs qualifiés de Roumanie, de Pologne ou de Bulgarie, notamment pour le BTP, l’industrie, la logistique et l’agriculture. Les intérimaires bénéficient des mêmes conditions que les salariés nationaux.
Quelles solutions les entreprises peuvent-elles mettre en place face aux difficultés de recrutement ?
Face aux difficultés de recrutement, les entreprises peuvent agir sur plusieurs leviers : réviser la rémunération et proposer des primes exceptionnelles ou des avantages en nature ; assouplir l’organisation du travail grâce à la semaine de quatre jours, à des horaires à la carte ou au télétravail lorsque cela est possible ; investir dans la formation interne et l’alternance afin de préparer les futurs collaborateurs ; recourir à la validation des acquis de l’expérience pour valoriser les profils en reconversion ; et mobiliser l’intérim international pour les postes qualifiés les plus urgents, notamment dans le bâtiment, l’industrie et la logistique.




